Manuel Rocheman


Interview : Jazz Valley (Fabien Bermant)

Extrait de l'interview parue dans la Newsletter Jazz Valley en octobre 2003.

Jazz Valley : Bonjour Manuel. Votre dernier album Alone at last vient de paraître sur le label RDC Records. Qu'est-ce qui a récemment motivé votre désir d'enregistrer "enfin" un disque en solo, après 5 albums en trio aux côtés de grands musiciens tels que George Mraz et Al Foster (rythmique américaine) ou encore Riccardo Del Fra et Simon Goubert (rythmique européenne) ?

Manuel Rocheman : C'est un projet que j'avais dans la tête depuis au moins une dizaine d'années, mais il me semblait alors que la formule du trio convenait davantage au goût du public. Ces 5 albums en trio m'ont permis d'acquérir une solide expérience de scène et une indispensable maturité avant de me lancer en tant que soliste. Par ailleurs je suis invité depuis quelques années à participer à des festivals de musique classique au cours desquels je me produis seul au piano. Ces expériences m' ont obligé à préparer et à interpréter un répertoire de soliste. J'étais donc fin prêt pour enregistrer Alone at last.

JV : La presse musicale, et pas uniquement la presse jazz, associe volontiers votre nom à d'immenses interprètes tels que Bill Evans, Oscar Peterson ou encore Martial Solal. Comment ressentez-vous ces prestigieuses comparaisons, et duquel de ces très grands pianistes vous sentez-vous aujourd'hui le plus proche ?

MR : Ca fait évidemment très plaisir d'être cité aux côtés de ces grands maîtres. J'ai effectivement été l'unique élève de Martial Solal et je lui dois beaucoup. Mon jeu est en réalité une mosaïque composée d'éléments et d'influences des grands que vous venez de citer mais il ne faut pas oublier Newborn, Tatum, Montoliu, Evans, Jarrett... le langage harmonique de Fisher et la dimension lyrique de feu Michel Petrucciani. Ils sont les mamelles et je me suis nourri de leur musique avant de pouvoir jouer la mienne.

JV : Vos précédents albums sont parus chez une major compagnie. A l'heure où les départements Jazz de ces majors sont fragilisés, un album en piano solo chez un label indépendant, c'est un peu un retour à l'essentiel non ?

MR : Oui c'est vrai. Je suis aujourd'hui bien mieux défendu chez RDC Records que je ne l'étais chez Sony Music où j'ai connu la traditionnelle valse des directeurs artistiques... avec leurs remises en cause, leurs virages à 180 degrés... pour se démarquer de ce qu'avait fait le prédécesseur. Au final, c'est quand même l'artiste la victime ! Il vaut toujours mieux être un grand chez les petits qu'un petit chez les grands.

Propos recueillis par Fabien Bermant. Lien original de l'article.