Manuel Rocheman brûlait d'impatience de se lancer en solo... le résultat dépasse toutes les espérances.
Manuel Rocheman, qui cisèle un travail d'orfèvre, longuement prémédité, nous transporte dans une exploration merveilleuse. L'aventure exigeait une adresse supérieure : Manuel Rocheman s'y hisse avec brio, exigence et virtuosité.
Retenu et lyrique à la fois, il déroule un enthousiasmant panorama de ses massifs intérieurs. Coraux romantiques, poissons multicolores, fonds marins vertigineux et perles rares défilent et nous enchantent.
Au fur et à mesure des notes, qu'il s'agisse d'un thème de Fats Waller, d'une bossa-nova, ou de compositions, Manuel Rocheman enrichit les standards, crée un autre univers, fait surgir les surprises sans relacher la pression. L'accélération sur "Donna Lee" cisaille quasiment la respiration... la virtuosité du pianiste se met au service d'une improvisation permanente et riche, pour captiver l'auditeur.
D'inventions harmoniques en trouvailles ingénieuses sur les mélodies, Manuel Rocheman reprend le souffle de quelques grandes pointures. Son discours irradie de l'inspiration de Phineas Newborn, d'Oscar Peterson, de Bill Evans, de Keith Jarrett et de Michel Petrucciani.
Mais ne vous y trompez pas, il s'agit bien du discours personnel, immédiatement identifiable, d'un pianiste incontournable au sommet de son art.
"Alone at Last" est un disque de chevet... comme le fut en 1968, "Alone" de Bill Evans. Une mine musicale inépuisable. Approfondissez l'écoute. Vous en retirerez l'expression renouvelée d'un balancement intérieur qui vous mettra le coeur en joie.